Apprendre à coudre, se former à la couture, mes conseils, mon point de vue

Voilà la réponse (un peu plus détaillée pour l’article) que j’ai faite à Pauline qui me demandait des conseils pour se former car elle souhaite créer et confectionner des modèles et, pourquoi pas, en faire son métier.

Vous souhaitez apprendre à créer autant qu’à confectionner de manière nickel. Je n’irai pas par quatre chemins, de toutes les formations en couture que j’ai pu suivre ou rencontrer (j’ai un CAP Couture flou, mais aussi une formation de styliste pour enfants suivie dans une autre école et également accompagné une jeune apprentie au bac pro métiers de la mode), aucune n’apprend à créer.
Le CAP et le BAC pro sont faits pour former des couturières capables de respecter des consignes données précisément.
La formation de styliste ouvre un peu sur le monde de la création, si on veut, principalement avec le dessin, mais là encore, on reste sur des canons imposés (une hystérie selon moi, vu que personne dans la nature n’est fait comme ça…). Bref… « On éduque des moutons », on n’apprend pas à être libre de créer comme on l’entend. Et c’est normal, parce que ça correspond aux besoins de la masse : la production de prêt-à-porter, prêt à jeter, prêt à changer, etc, mais je m’emballe !! :))).

Un autre gros problème concernant les formations et tous les cours de couturière existants, c’est qu’on est dans un monde de prêt-à-porter, je viens de le dire, donc pas adapté du tout au « sur mesure ». Même les cours de coupe à plat et de modélisme se basant sur les mensurations de la personne ne parviennent pas à respecter sa morphologie en 3 dimensions. Le seul sur mesure qu’ils prennent en compte sont les mensurations de tour de taille, poitrine, hanches, etc, mais jamais l’aspect asymétrique que peut avoir une personne lambda qu’on rencontre dans la vie de tous les jours. Pour comprendre un peu mieux de quoi je parle, je vous invite à regarder ces courtes vidéos où j’explique en quoi on se plante complètement : https://www.youtube.com/watch?v=QEieXrj9_fo et https://www.youtube.com/watch?v=ipTzu8d5zPI

Concernant la confection, pas de secret, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, on est d’accord. Plus vous vous entraînerez, meilleures seront vos finitions. Toujours pareil, avec quelques techniques de base comme coudre droit, par exemple, qui n’est pas si compliqué que ça, en 5 minutes, dès le premier cours de couture, c’est acquis, inutile d’en faire tout un plat… (voir cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ihkMFFtqvX8). Pour moi, ce n’est pas la peine d’aller en école pour ça, beaucoup de prise de tête à un coût exhorbitant pour beaucoup de désillusion. Un bon bouquin du type « La couture facile » de Burda, dans les 20 euros, de bons tutos en ligne sur Youtube et surtout de la pratique, encore et encore.

Vous pouvez également demander à faire un stage chez une couturière, bonne idée, à condition : qu’elle ait le temps, qu’elle ait envie de transmettre son savoir, qu’elle ne vous utilise pas pour gagner du temps dans son activité, à savoir vous faire faire 53 ourlets identiques par jour (oui, c’est du vécu… Le mien en tant que stagiaire. Ok, en 4 mois, j’ai appris à faire les ourlets nickel, mais… c’est à peu près tout). En même temps, il faut bien comprendre que l’artisan couturière n’est pas prof, elle n’a pas le temps pour ça.


Vous pouvez aussi prendre des cours individuels de couture, ça, ça peut être un très bon plan à condition que : la prof respecte vos choix d’apprentissage (techniques diverses notamment) et ne vous impose pas un programme défini, son but soit de vous rendre réellement autonome et non dépendante à ses cours (donc qu’en clair, elle vous donne toutes ses clés et astuces, à elle), elle ne vous bride pas en vous disant que c’est comme ça et pas autrement (il y a toujours plusieurs manières d’arriver à un même résultat. Le meilleur moyen, c’est celui qui vous convient, à vous, à personne d’autre), enfin qu’elle vous explique non seulement comment, mais surtout POURQUOI vous devez faire les choses de telle manière plutôt que d’une autre.
Il semble que trouver une prof comme ça, ce n’est pas facile, d’après ce qu’on me raconte ici et là. Si elle (ou il, hein, je ne suis pas sexiste !! lol) n’a pas ces qualités là, vous allez perdre votre temps, votre argent et surtout, pire que tout, votre motivation et votre énergie.

Pauline : est-ce qu’on peut vivre de son activité en tant que couturière ?

Là non plus, je ne vais pas y aller par quatre chemins… Oui on peut en vivre, à condition de s’en donner les moyens. Je l’ai fait, j’ai même pu me payer le luxe d’avoir une apprentie à qui j’ai transmis mon savoir. Avant de se lancer, il faut savoir que vivre de son activité en tant que couturière, ce n’est pas que coudre. C’est avoir plusieurs casquettes en même temps, dont celle de vendeuse. Etre couturière, ce n’est pas rester derrière sa machine toute la journée, c’est aussi monter au créneau, se montrer, mettre en valeur ses créations sur les réseaux (internet mais aussi locaux), bref, se faire connaître pour vendre, tout simplement. Sans vente, l’activité ne tient pas longtemps.

En tant que salariée, ça me semble plus compliqué. Parce que la confection made in France n’est plus ce qu’elle était (ah voilà que je parle comme une vieille !! lol), non, ce que je veux dire, c’est que le plus gros de la confection se fait en Asie, vous le savez, à part pour les boutiques de luxe et … chez les artisans, justement. Ceci dit, ça ne doit pas vous fermer la porte. Pour pouvoir être recrutée dans une « bonne boutique », il me semble tout de même que vous devez faire vos preuves et notamment en matière de créativité et aussi de confection. Attention à ne pas être employée que comme seule petite main qui ne fait que de la confection, puisque votre objectif est aussi de créer. Dans les grosses boîtes, les stylistes dessinent, les modélistes créent les patrons et les petites mains cousent. C’est pourquoi il me semble plus judicieux de vous conseiller de vous tourner vers l’artisanat.

A ce sujet, pas de panique pour les revenus, si vous avez un emploi qui vous le permet, peut-être pouvez-vous négocier un temps partiel pour vous permettre de commencer votre activité en auto-entreprise, ça me semble être l’idéal. Voire s’il le faut changer d’emploi pour un temps partiel qui ne vous prenne pas trop d’énergie et qui vous assure un revenu « alimentaire » minimal le temps de vous lancer.

Voilà un long message… Oui, je suis passionnée par le sujet, vous l’aurez deviné, ha ha ! J’ai lancé en février dernier un programme pour les pros et futurs pros de la couture dans lequel je partage mon expérience et donne toutes mes astuces pour se donner les moyens de réussir, c’est un sujet inépuisable pour moi, vous voyez :).

Pauline : et le modélisme, vous en pensez quoi ?

Le modélisme, oui, pour moi, c’est la technique la plus appropriée pour la confection, les cours que je propose en ligne comme à domicile s’en inspirent en grande partie d’ailleurs, si ce n’est que je ne fais pas travailler par moitié de vêtement, mais par vêtement entier pour qu’on voit bien le résultat final et que j’ai grandement simplifié les règles. On suit les cours sans problème à la maison, en s’entraînant sur son propre mannequin copie conforme ou celui d’une personne de son choix qui n’est donc pas le traditionnel mannequin de couture réglable qu’on utilise en école. Dans les cours « Hauts et robes » et « Jupes« , on apprend à faire les mannequins « copie conforme ».

Ce que je reproche aux cours en école, c’est que comme on part de morphologies et tailles standard, puisqu’on nous prépare au prêt-à-porter, on n’apprend pas à gérer les différentes conformations qu’on peut trouver dans la vie de tous les jours. Les pinces respectent toujours les mêmes règles et sont toujours symétriques gauche/droite par exemple, alors que…

Dans la réalité, si vous devez créer une robe de mariée pour une personne qui a subi une ablation totale ou partielle du sein ou une future maman ou encore quelqu’un qui a un décalage de hauteur d’épaule, etc (ah ben oui, mais c’est ça, la vraie vie, m’sieurs dames…), vous vous trouvez démunie parce que vous ne savez pas faire. Parce que ça n’est pas la norme apprise. Et donc au lieu d’en faire un atout, ça devient un handicap. Pour vous, d’abord et pour la cliente dont la « différence » vous cause problème, imaginez son malaise, à elle aussi… Vous voyez où je veux en venir ?

Je conçois que mon point de vue est différent de celui qu’on voit partout, mais je le défends mordicus, même si je suis consciente d’aller envers et contre la masse. Pétard, si vous voulez créer, alors créez quelque chose qui convient aux personnes pour qui vous le faites, à de vraies personnes, pas pour faire joli sur un mannequin standard. Vous savez quoi ? En tant que couturière détenant un savoir, vous avez une part de responsabilité dans le bonheur des gens que vous habillez, que vous le fassiez en tant que maman, amie ou professionnelle. Que vous le fassiez pour d’autres ou pour vous.

Vous créez le bonheur de se/vous sentir beau/belle…

C’est sûr, la méthode « Je crée mes modèles » n’a pas les moyens d’une grande boîte pour faire parler d’elle, mais je crois qu’elle a beaucoup plus de valeur que n’importe quelle autre, parce qu’elle est faite pour s’adapter à tous les êtres différents et uniques que nous sommes, et ça pour moi, ça n’a pas de prix ♥.


7 réflexions sur “Apprendre à coudre, se former à la couture, mes conseils, mon point de vue

  1. Article intéressant Cécile ! Répondre aux attentes, personnaliser, mettre la personne au centre de son activité avec toutes ses différences, ses particularités, un atout essentiel pour faire sa place dans une offre (quel que soit le domaine d’ailleurs, pas seulement en couture) déjà large. Cela permet aussi de se sentir bien dans son activité en évitant la routine puisque chaque projet est différent sans oublier qu’une offre sur mesure pourra permettre en se démarquant de pouvoir en vivre au moins partiellement au début.

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  2. La phrase clé de ton discours est « …je m’emballe » et j’adore quand tu le fais. J’adore te lire et je suis impatiente d’avoir ton cours… ce qui tarde à cause de ma carte bancaire. Je suis tout à fait d’accord avec tes propos. Concernant le prêt-à-porter

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    1. Hi hi hi, je m’emballe, je m’emballe, oui, ben oui, ça m’arrive parfois et j’avoue, même quand je ne le fais pas publiquement, à l’intérieur, ça bout toujours un peu chaque jour, c’est bien ce qui fait le moteur de toute cette aventure, d’ailleurs ;).

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  3. Je continue: il a tellement façonné le comportement que les gens en masse sont devenus des robots soumis en évitant de penser et de faire des projets, parfois ça me fait peur, c’est un peu comme dans les films de sci-fi.

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    1. En effet, c’est une question d’identité bafouée et ce qui me dérange le plus, je crois dans le prêt-à-porter, c’est d’entendre tant de personnes se regarder méchamment en se disant qu’elles sont mal fichues pour la simple raison qu’elles ne sont pas mises en valeur dans des fringues non adaptées à leur morphologie. C’est un peu comme si le monde tournait à l’envers. C’est au vêtement de s’adapter à la personne, pas l’inverse… Futur sujet d’article, d’ailleurs 😉

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