Passer un CAP couture ou pas ?

Nathalie m’a posé la question de savoir comment se former pour passer un CAP couture (le CAP Métiers de la mode – Vêtement flou).

Quelques-unes d’entre vous m’ont demandé si je pouvais proposer des cours pour vous préparer au CAP.

D’autres encore, souhaitant se mettre à leur compte, estiment qu’elles doivent apprendre dans les règles de l’art et passer cet examen pour pouvoir se sentir légitimes avant de se lancer.

Voilà qui commence à faire beaucoup et avant que le mot CAP ne vienne hanter mes nuits (lol), alors que j’ai obtenu le mien il y a euh… attendez voir que je compte… ah oui, 14 ans, voilà, c’est ça :), je viens vous dire ma façon de voir les choses, avec le recul que j’ai maintenant.

Vous vous posez la question de savoir si vous devez passer un CAP ou pas, je vais vous répondre : tout dépend de vos motivations.

Vous voulez obtenir un diplôme pour votre satisfaction personnelle

Dans ce cas là, bien sûr, passez l’examen, c’est le seul moyen d’obtenir le diplôme :). Vous pouvez le préparer par correspondance (j’ai fait le mien avec l’école universelle par exemple) et valider votre stage pratique chez une couturière avant de vous inscrire en candidat libre.

Si vous avez déjà de l’expérience en couture, franchement, suivre les cours n’est pas indispensable. D’ailleurs, si vous pouvez justifier de cette expérience en tant que professionnelle, vous pouvez passer par la Validation des Acquis de l’Expérience. Si c’est une expérience personnelle, prenez quelques bouquins pour approfondir, en fonction du programme de l’examen et en avant, ça suffira amplement.

Vous voulez apprendre des techniques

Vous êtes passionné(e) de technique ? Dans ce cas là, je vous conseille le livre « La couture pratique » de Burda. Là, vous trouverez votre bonheur, plus que dans les cours du CAP et pour moins cher :).

Là où je commence à émettre des réserves… C’est que je me demande à quoi va vous servir d’apprendre toutes ces techniques ? Pensez-vous les utiliser toutes suffisamment rapidement et assez souvent pour ne pas les oublier ?

Je suis plutôt partisane du « on apprend ce dont on a besoin », donc au fur et à mesure des problèmes qu’on rencontre. Je trouve ça plus efficace et plus logique.

Et surtout…

Votre besoin d’apprendre des techniques ne cacherait-il pas un manque de confiance en vos compétences ?

De deux choses l’une, soit vous n’avez jamais cousu, vous débutez complètement et ce dont vous avez besoin, ce n’est pas d’apprendre par coeur mais de pratiquer, en étant guidé(e) vers ce qui vous sera vraiment utile. Dans ce cas là, je vous conseille plutôt de suivre le programme « Je débute la couture » pour faire vos premiers pas en douceur et devenir autonome dans les techniques de base.

Soit vous cousez déjà, mais n’êtes pas très sûre de vous et vous êtes persuadé(e) qu’avoir un diplôme changera quelque chose à l’affaire. En fait, je vais vous dire la vérité : ça ne changera rien. Oui, vous aurez votre diplôme et vous pourrez justifier aux yeux du monde que vous savez coudre, mais tant que vous-même n’en êtes pas intimement convaincu(e), votre problème restera le même.

Peut-être que votre problème, ce n’est pas vraiment un manque de compétences techniques, mais un manque de compétentes pour créer. Vous êtes obligé(e) d’acheter des patrons, des revues, parce que vous ne savez pas comment vous y prendre pour créer vos propres modèles, à vos goûts et oh mon dieu, mais non, c’est réservé aux pros, ça !!! Ou à celles qui ont une vie de couture derrière elles…. J’aimerais tellement, etc.

Je vais vous raconter une histoire… Il y a bientôt 8 ans, j’ai décidé d’apprendre à jouer du violon. Oui, à l’âge adulte, oui sans passer par le conservatoire, remarquez l’esprit rebelle auquel vous avez affaire, au passage ! :)) Bref, me voilà bien décidée à apprendre le violon, seule. Enfin seule, avec une méthode quand même, qui permet d’apprendre en autonomie, en autodidacte, sans besoin de prendre de cours avec un prof. Oui, oui, j’ai appris avec le solfège, oui, ça existe… Bref, le sujet n’est pas là. J’ai donc appris à jouer du violon. Dès les premières semaines, ayant compris le principe de la « confection » des notes, je faisais mes premières improvisations, de manière naturelle, je créais mes premiers morceaux, à l’envie et je me régalais.

Et puis, j’ai décidé, pour parfaire ma technique, d’aller rencontrer le créateur de la méthode. Si sa méthode aide les autodidactes et qu’il m’a conseillée sur certaines postures, en revanche j’ai vite compris que lui avait été élevé à l’école conservatoire et qu’il ne démordait pas de certaines idées reçues comme un truc tout à fait ahurissant : l’improvisation ne se fait pas avant au moins 10 ans de pratique, c’est impossible ! Mais euh, ce que je fais, moi, c’est quoi ? « Ah non, ce n’est pas de l’impro, c’est du n’importe quoi !! (wow… Admirez la pédagogie, au passage…). L’improvisation ne peut se faire qu’en calculant, qu’en connaissant toutes ses gammes par coeur et en respectant certaines règles bien précises. » OK d’accord, alors euh, je dois faire des gammes, c’est ça ? « Oui, tu dois en manger, en bouffer, pendant des années, avant de pouvoir créer tes propres morceaux et encore, ce n’est pas réservé à tout le monde, c’est seulement aux meilleurs ! »

Et voilà… Voilà comment moi qui étais passionnée, j’ai pris de plus en plus de distance avec le violon, en me coupant de ma petite voix à l’intérieur qui avait envie de chanter sur les cordes et à qui j’imposais des gammes et des exercices techniques à foison. Bon, je vous résume la chose, parce que je suis d’un naturel… rebelle… j’ai fini par comprendre ce qui se passait et je suis revenue à un mix des deux, laissant tomber le prof en question et sa méthode pour me créer la mienne, au fil de mes ressentis et de mes rencontres musicales. La règle principale était et reste la suivante : mon plaisir personnel et je me régale à nouveau ♥♥♥. Je n’ai pas encore 10 ans de violon, mais j’improvise chaque fois que je le prends, je ne fais pas que ça, mais je le fais et ça me fait du bien, j’exprime qui je suis et ce que je ressens en le faisant.

Alors vous comprenez pourquoi ce que je crée pour vous en couture est aussi important pour moi ? C’est tout mon vécu que je mets dedans… Avec les cours en ligne et le blog de couture privé, je veux vous montrer que vous êtes capable de réaliser un tas de choses, de manière libre, que vous n’êtes pas tenu(e) de faire des gammes, de suivre des explications, de faire des centaines de modèles avant d’arriver à créer vos propres modèles.

Combien croyez-vous qu’il faille d’années de dessin à recopier les dessins des autres avant de savoir créer les vôtres ?

Le problème, c’est que vous n’apprenez pas à créer, il est là, le problème majeur.

Et pire, si vous devez sans cesse vous plier aux modèles créés par les autres, vous ne développez pas votre sens de l’observation. Vous endormez votre sens critique et analyste en vous contentant de refaire des modèles à l’identique ou en osant changer, oh si, peu, une couleur de tissu, une poche, un appliqué. Mais la forme générale, oh ça non, vous ne vous risqueriez pas à la modifier… Trop peur de faire des bêtises. Et c’est normal, parce qu’on vous a « éduqué(e) » dans ce sens. « Ne sors surtout pas du chemin sinon tu vas te planter !! » Mais bien sûr… Qui ça rassure, au final ? Et votre petite voix, elle dit quoi ??

Ce n’est pas un diplôme qui changera quoi que ce soit à votre problème, vous le comprenez bien. Car lui non plus ne vous apprendra pas à créer…

Vous voulez vous mettre à votre compte

Et vous estimez qu’il faut à tout prix avoir une formation solide de base pour commencer.

Encore une fois, je vais être franche. Si vous voulez vous mettre à votre compte en tant que couturière, c’est que : soit vous cousez déjà et vous êtes passionné(e), auquel cas vous n’avez aucun besoin de diplôme. Il n’est pas demandé par les instances réglementaires. Employez-vous à créer, à laisser s’exprimer votre petite voix intérieure. Et surtout, sortez des modèles récurrents.

Je vois passer chaque jour sur Instagram des dizaines de posts d’ouvrages identiques, à me demander si c’est la même personne qui a lancé une série, mais non, ce sont des couturières différentes (sûrement un des derniers modèles de revues à la mode ?!?). Certaines le font à titre de loisir, bon, passe encore, encore que, bonjour l’esprit un peu trop « mouton » pour moi. Mais par contre, pour celles à leur compte qui font exactement les mêmes choses, je m’inquiète sérieusement pour leur affaire…

Vous saviez créer quand vous étiez enfant. Vous ne vous souvenez plus comment faire ? Allez, venez, je vous embarque dans l’observation et la créativité, en décortiquant toutes sortes de modèles, en déclinant suivant l’humeur, vous allez voir, ça va revenir ♥.

Autre possibilité, vous ne cousez pas encore mais vous avez des tas d’idées et êtes passionnée par tout ce qui touche à la matière, aux formes, aux couleurs. Alors là…. Mon dieu, mais n’allez surtout pas tuer votre créativité avec trop de technique, restez dans votre univers. C’est lui qui va vous guider, il est précieux ! N’apprenez que les bases, le strict minimum et puis avanti, droit devant, vous avez un trésor en vous ♥

Et moi ? Les raisons qui m’ont poussée à passer le CAP couture, à l’époque ?

Je n’étais pas sûre de moi, je pensais que je le serais, une fois le diplôme en poche : ça n’a pas été le cas… évidemment !

Je pensais que j’apprendrais à créer mes propres modèles, que je serais à l’aise dans la création : dommage !! Essaie encore…

Je voulais justifier de mes capacités à coudre auprès de ma clientèle (le syndrome de l’imposteur vous connaissez ?) : c’est mon comportement et le fait d’être sûre de moi qui a fait ma crédibilité, plus tard, rien d’autre et pas le diplôme, en tout cas.

Alors, quand même contente de l’avoir ? Oui, à l’époque, j’ai été heureuse car j’ai fait sourire mes grands-parents. Ma grand-mère était couturière, c’est un peu comme si je reprenais le flambeau de manière officielle. Mais si je ne l’avais pas eu, ça n’aurait rien changé à l’affaire, car j’aurais quand même été couturière et mamie Odette aurait souri, de toute manière ♥♥♥.


2 réflexions sur “Passer un CAP couture ou pas ?

  1. Eh bé! Tu ne vas pas te faire des amies:)! Mais ce n’est pas le but, je sais. C’est la vérité même qui parle, tout à fait d’accord avec tes propos : il faut savoir ce que l’on veut. Soit reproduire, soit créer et faire en conséquence. Et bien, chaque pas en avant vers l’objectif est un succès dont on est fièr et qui affirme notre personnalité. C’est utile de me le rappeler de temps en temps comme tu l’as fait, MERCI, Cécile.

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    1. Coucou,
      En effet, ce n’est pas le but :). Je ne cherche pas non plus à me faire des ennemi(e)s, hein ! lol
      Non, je veux juste que les personnes sachent à qui elles ont affaire, qu’on ne s’engage pas dans mes cours en ne sachant pas à quoi s’attendre ou en espérant trouver le même discours qu’ailleurs, les mêmes règles. En clair, je suis là pour inciter à l’autonomie et à la création. La copie, ça va un temps, mais je trouve ça dommage car ça bride, ça restreint à la longue. On a tous et toutes des choses à exprimer, tous et toutes des trésors en nous, c’est ma conviction profonde et ce que j’affiche haut et fort. Après, ça plaît ou pas, peu m’importe, en fait. C’est normal qu’on n’ait pas tous le même avis, heureusement ! Le contraire serait inquiétant… Brrrrrr, j’en frissonne, tiens ! 🙂 Belle journée, merci à toi ♥

      Aimé par 1 personne

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