Quand la technique bloque la créativité

violon

Il m’arrive souvent de faire un parallèle entre l’apprentissage d’un instrument de musique et de la couture. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si certaines de mes élèves les plus passionnées jouent aussi d’un instrument ;).

Pourquoi ce parallèle ? Parce que dans les deux cas, il est question d’apprendre des techniques de base, théoriques, on va dire, souvent avec des calculs et qu’en même temps, on met en pratique avec un tas de gestes précis.

Mais aussi et surtout parce qu’au-delà de ces aspects techniques, il y a la créativité que permettent ces deux activités, si tant est qu’on ne tombe pas dans la marmite technique sans plus pouvoir en ressortir… Je vais vous raconter une histoire, ça parle de musique, mais faites le parallèle avec la couture et vous allez comprendre.

Quand elle était enfant, une de mes collègues a appris le piano au conservatoire, avec classe de solfège, examens et tutti quanti. Arrivée à un certain niveau, elle a même pris des cours d’improvisation, oui, pour apprendre à improviser. Ca ne choquera pas les musiciens qui sont passés par là mais je vous avoue que c’est un sujet épineux entre puristes de la technique et les musiciens qui n’ont pas suivi le même parcours et sont de ce fait considérés comme des amateurs alors qu’ils peuvent être (bien) meilleurs que certains « pros »… Au conservatoire, à partir d’un certain niveau donc, on apprend à improviser et même à composer (créer des morceaux) en calculant. Ok, ok, c’est fait selon des règles super bien étudiées qui prouvent que pour faire un morceau équilibré, il faut suivre le chemin tout tracé. Ok. Moi, j’appelle pas ça de la créativité, mais du calcul, m’enfin bon…

Revenons à ma collègue. Au bout de 15 ans de piano, ayant atteint un super niveau avec ses diplômes et tout, elle arrête, elle n’en peut plus de ne jamais pouvoir exprimer ce qu’elle ressent avec son instrument. Pourquoi ? Parce que tout est cadré, tout est cérébral, tout vise à atteindre la perfection. L’impro ? Elle s’ennuie, elle revient toujours aux mêmes choses, il y a pas vraiment de création. Elle se dit qu’elle apprendrait bien un autre instrument, mais d’une autre manière. Le temps passe, le piano dort…

Un jour, invitée par des amis à un bal trad, elle découvre l’accordéon diatonique et là, c’est le coup de foudre. Elle se lance, veut à tout prix faire un apprentissage d’oreille, c’est facile dans le milieu de la musique traditionnelle, c’est même l’apprentissage de référence. Bien sûr, elle ne renie pas ses années de solfège et sait aussi jouer ses morceaux d’après partitions, mais la grosse différence, c’est que cette fois, les sessions d’impro en groupe, elle les fait avec grand plaisir parce que plus rien n’est calculé, elle fait comme elle le sent et ce n’est pas moins joli, au contraire, c’est même tellement plus créatif ! Aujourd’hui, le piano a rejoint son appartement, il dort toujours. Le diato, lui, est de sortie tous les jours, il fait même partie d’un groupe, anime des soirées, … Une belle vie d’instrument et de musicienne comblée, en somme.

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Combien de musiciens classiques osent se lancer dans l’improvisation ? Combien de couturières aguerries aux techniques les plus complexes osent se lancer dans la création de leurs propres modèles ?

Je reçois parfois en cours des personnes qui n’ont plus rien à apprendre niveau technique mais qui sont perdues, démotivées parce qu’elles ne savent plus quoi faire et surtout comment passer à la marche de la création qu’elles estiment supérieure. En fait, là où on se trompe, c’est que la créativité, on l’a dès le départ, tous et toutes, on l’a en nous, depuis le plus jeune âge. Oui, quand on débute la couture, on l’a, c’est inné, c’est comme ça.

Le problème, c’est qu’à force de l’étouffer sous des tonnes de règles précises, elle finit par disparaître. Et il est dur de retrouver le chemin pour la faire ressortir. Autant en musique, on peut changer d’instrument et choisir d’apprendre autrement, autant en couture, il faut commencer par se débarrasser du carcan qui nous retient prisonnier(ère) et accepter de commencer à voir les choses autrement, comme si on réapprenait, d’une autre manière, sous un autre angle. Rien d’impossible, hein, juste un nouvel état d’esprit à adopter.

Alors j’ai un conseil pour vous qui débutez : ne vous jetez pas à corps perdu dans la technique à tout prix, la boutonnière passepoilée et le rideau bouillonné peuvent attendre. Prenez surtout soin de votre créativité, donnez-lui les moyens de s’épanouir. Donnez-lui des bases pour qu’elle puisse se construire et se développer, des bases, mais pas plus, vous aurez le temps d’apprendre une technique particulière au moment où vous en aurez besoin. Oui, vous pouvez créer vos propres modèles dès maintenant, même en débutant la couture, oui, plus que jamais, c’est un grand OUI !

De la même manière que rien ne m’a jamais plus énervée que d’entendre de la bouche d’un prof de violon (que j’ai gardé deux ans quand même, je me demande encore pourquoi…) qu’il fallait attendre d’avoir une dizaine d’années de technique pour commencer à pouvoir créer mes propres morceaux, de la même manière, je ne conçois pas qu’on puisse imposer à des débutant(e)s en couture de ne faire que des modèles sur patrons et de ne surtout pas essayer de créer par eux-mêmes leurs propres modèles, sous peine d’échec cuisant. Comme si les patrons du commerce allaient par miracle leur permettre de produire des ouvrages conformes à toutes leurs attentes, originaux et tout, hahaha, laissez-moi rire… Comme si, surtout, l’expérience de la copie leur permettait d’apprendre à créer ! Comment, vous avez joué 350 sonates de Mozart et n’êtes pas capables d’en créer une à l’identique vous-même ? M’enfin, mais alors vous êtes nul !!!

Ben non, pas du tout les amis parce que la copie, c’est quoi ? Ce n’est jamais que l’application de règles qu’on ne comprend pas. Bien sûr que vous apprenez à coudre, avec l’expérience, vos gestes se font plus sûrs, mais comment voulez-vous apprendre à créer et devenir réellement autonome si vous ne faites que recopier sans jamais vous exercer à créer par vous-même ?

C’est pour ça que j’ai créé cette méthode. Oh c’est sûr, ce n’est pas un livre comme on en trouve partout, c’est sûr, je n’utilise pas les règles imposées aux couturiers pros, je suis un peu rebelle dans l’âme, moi, vous savez et ça ne plaît pas à tout le monde, hahaha ! Surtout, j’aime pas trop qu’on prenne les gens pour des idiots, comme si vous n’étiez pas capable, vous aussi, de créer avec succès. Mais pourquoi est-ce que ce serait réservé à quelques privilégié(e)s, hum ?

Nourrissez votre créativité et découvrez ce que vous êtes capable de réaliser, même si vous débutez la couture.

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